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L’accord entre Athènes et ses créanciers privés ne suffira pas à sauver la Grèce

L’accord entre Athènes et ses créanciers privés ne suffira pas à sauver la Grèce

La Grèce a obtenu l'annulation, par ses créanciers privés, d'une partie de sa dette.

Plus rien n’empêche désormais le pays de bénéficier du second plan d’aide international. Qui ne suffira pas, pour autant, à sauver Athènes de la faillite.
L’heure est à la méthode Coué. Après l’annonce d’un accord entre Athènes et ses créanciers privés, qui permet d’effacer quelque 100 milliards d’euros de l’ardoise grecque, les responsables politiques européens affichent haut et fort leur satisfaction.

C’est un “moment historique”, a notamment déclaré à la télévision nationale Pantelis Kapsis, porte-parole du gouvernement grec. Pour Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, cet allègement de la dette grecque consenti par les banques et autres fonds d’investissement est “un grand pas en avant pour la stabilité de la zone euro”.

On pourrait croire que l’épisode de la crise grecque est sur le point de s’achever. Mais en réalité, le pays n’est pas sorti d’affaire. Quelle est la portée réelle de l’accord signé entre Athènes et ses créanciers ? Explication en quatre points.
Cet accord est-il un succès pour Athènes ?

Le gouvernement grec a réussi à faire signer 83,7 % de ses créanciers privés. C’est une belle performance pour Athènes, qui visait un taux de participation de 75 % d’entre eux. Mercredi soir, à 24 heures de la fin des négociations, seule un peu plus de la moitié d’entre eux s’étaient dit prêts à signer. Athènes - aidé par des responsables politiques européens - a donc mis un coup d’accélérateur et obtenu qu’une grande partie des récalcitrants paraphent le document final.
La Grèce est-elle sauvée de la faillite ?

Désormais, plus rien n’empêche l’Europe de déclencher le deuxième - et très attendu - plan de soutien international.

La participation du secteur privé était considérée par les dirigeants des autres pays de la zone euro comme une condition nécessaire au versement de l’aide financière européenne à la Grèce d’un montant de 130 milliards d’euros.







Cependant, rien ne garantit que ce nouveau plan de sauvetage... sauve Athènes. “Au vu de la récession en Grèce, l’aide accordée par l’Union européenne est condamnée à être insuffisante”, estimait fin février Pascal de Lima, économiste et enseignant à Sciences Po, contacté par FRANCE 24.
L’accord entre Athènes et ses créanciers n’a d’ailleurs pas dupé les agences de notation. Ce vendredi, quelques heures seulement après que l'annonce en a été faite, Fitch a placé la Grèce en défaut partiel de paiement.
Le 3 mars dernier, Moody’s avait déjà dégradé la note souveraine de la Grèce malgré la perspective d’un deuxième plan de soutien.
Cet accord représente-t-il un grand sacrifice pour les créanciers privés ?
Les banques et fonds d’investissement ont accepté d’échanger une partie de leurs obligations grecques à court terme contre d’autres créances, dont ils ne seront pas remboursés avant longtemps (au moins 11 ans et au plus 30 ans). Ces nouveaux emprunts d’État auxquels ils ont souscrits valent environ 70 % de moins que les créances qu’ils ont abandonnées. Leur taux d’intérêt est également moins élevé.
C’est donc, a priori, une mauvaise affaire pour les créanciers privés. Mais la Banque centrale européenne (BCE) est intervenue entre temps pour permettre aux banques d’amortir leurs pertes. Par quel moyen ? En décembre et en février, la BCE a ouvert les vannes du crédit à faible coût (avec un taux d’intérêt de 1 %). Une aubaine pour les créanciers privés d’Athènes qui ont largement puisé dans ce fond “pour investir dans des obligations espagnoles ou italiennes à peu près autant que ce qu’ils ont perdu dans l’histoire grecque”, explique à la Tribune de ce vendredi Fabrice Cousté, directeur général du cabinet d’études CMC Markets France.
Que vont devenir les créanciers qui n’ont pas signé l’accord ?
En théorie, ceux qui ont refusé de renoncer volontairement à une partie de leurs créances sur la Grèce peuvent demander à Athènes de les rembourser à échéance, c’est-à-dire dans les mois qui viennent.
Mais la Grèce dispose d’un moyen pour les obliger à accepter de renoncer à leurs créances, comme s’ils avaient signé l’accord. Il s’agit des clauses d’action collective qui permettent au gouvernement d’imposer aux détenteurs de créances relevant du droit grec d’être traités comme ceux qui ont signé l’accord. Athènes a indiqué, vendredi, qu’il pensait les activer.
Problème : si les créanciers sont obligés de participer à l’opération d’assainissement de la dette grecque, le marché peut estimer qu’il s’agit d’une restructuration forcée. Le risque est alors que les redoutés CDS ("credit default swap") - ces contrats qui garantissent les créanciers contre le défaut de paiement d'un débiteur tel qu'un État - soient déclenchés, ce qui pourrait contraindre les banques européennes à payer des milliards d’euros d’indemnités à leurs détenteurs.


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